Pourquoi le MCP ?

11 Sep 2020 | Maillage, Partenaires, Regards Constituants

Photo d'Étienne Chouard

À l’oc­ca­sion de la créa­tion du Mou­ve­ment Consti­tuant Popu­laire (MCP), Étienne Chouard a rédi­gé une lettre ouverte en expli­quant la rai­son. La voi­ci dans son intégralité :

Pourquoi un Mouvement Constituant Populaire, MCP ?

Tous les êtres humains espèrent un monde meilleur.
Tous ont une opi­nion sur « ce qu’il fau­drait faire ».
Tous savent bien les lois qu’il fau­drait voter — et celles qu’il fau­drait abro­ger.
Tous rêvent de révo­quer des poli­ti­ciens qu’ils estiment (très) mau­vais pour la collectivité. 

Tous aime­raient par­ti­ci­per aux déci­sions com­munes, mais tous se contentent de dis­cu­ter sans jamais rien chan­ger puisqu’aucun pou­voir de déci­der ne leur est jamais accordé. 

Les hommes qui se contentent de par­ler sans rien chan­ger ne doivent pas se plaindre que tout va de plus en plus mal : d’une cer­taine manière, ceux qui acceptent leur ser­vi­tude la méritent.

Alors, pour aller vers un monde meilleur, qu’est-ce qu’on peut faire ?

Nous devrions ces­ser de par­ler de sujets légis­la­tifs (« quelles lois fau­drait-il voter ? »), et nous devrions plu­tôt concen­trer notre atten­tion et nos dis­cus­sions sur les sujets consti­tuants (« com­ment devrait-on voter les lois ? »).

Les sujets légis­la­tifs nous divisent — pour rien, abso­lu­ment pour rien puisque ce n’est pas nous qui déci­dons, de toutes façons —, alors que les sujets consti­tuants nous ras­semblent en nous fai­sant per­ce­voir notre cause com­mune, prio­ri­taire : ins­ti­tuer nous-mêmes les règles de notre repré­sen­ta­tion, les moda­li­tés de notre pou­voir populaire.

Les sujets légis­la­tifs sont dépri­mants (parce que nous sen­tons bien que nous bavar­dons en vain, comme des enfants poli­tiques), alors que les sujets consti­tuants sont enthou­sias­mants (parce que nous sen­tons bien que cette façon de faire de la poli­tique, en adulte, est capable, un jour, de tout changer).

Les « élus » ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, nous qui ado­rons l’élection comme une vache sacrée alors que l’élection est LA pro­cé­dure de notre dépos­ses­sion poli­tique : quand j’élis, je renonce à voter ; quand j’accepte qu’un autre décide tout à ma place (selon les règles que lui et ceux de sa caste ont écrites eux-mêmes), j’abdique toute sou­ve­rai­ne­té. Pen­ser les sujets consti­tuants revient à me rele­ver, deve­nir adulte, pen­ser en souverain.

Quelle est la cause de notre impuis­sance poli­tique ?
Qui a écrit l’affreux texte (la consti­tu­tion) où est pro­gram­mée l’infantilisation des citoyens ?

Si rigou­reu­se­ment aucun pou­voir — ni celui de déci­der, ni même celui de contrô­ler — n’est accor­dé au simple citoyen, tou­jours et par­tout, c’est parce qu’aucun simple citoyen n’a jamais été invi­té — ou ne s’est impo­sé — dans le pro­ces­sus consti­tuant (ce moment où l’on écrit qui a le pou­voir de déci­der pour la socié­té et sous quels contrôles). Actuel­le­ment, depuis envi­ron 200 ans qu’existe ce qu’on appelle (trom­peu­se­ment) le « gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif », ce sont les poli­ti­ciens qui, en s’imposant dans « l’Assemblée consti­tuante », sans que per­sonne ne se mette en tra­vers de leur che­min, se sont arro­gé le droit d’écrire leur propre contrat de tra­vail (la consti­tu­tion), et le résul­tat (qui était bien pré­vi­sible) est que, tou­jours et par­tout, les repré­sen­tants ont ain­si ins­ti­tué leur propre puis­sance et l’impuissance des repré­sen­tés : ils ont fait des citoyens des inca­pables politiques.

Logi­que­ment, donc, plu­tôt que de dis­cu­tailler inuti­le­ment sur les lois que nous ne vote­rons jamais, nous devrions apprendre à ins­ti­tuer notre propre puis­sance poli­tique, celle qui nous manque pour chan­ger le monde (en bien).

D’où les ate­liers consti­tuants popu­laires que j’anime depuis 2005 par­tout en France et dans les pays fran­co­phones. Une idée neuve gran­dit, grâce à de nom­breux col­lec­tifs qui se mul­ti­plient depuis quinze ans et qui défendent tous cette thèse, à leur façon :
- ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’écrire les règles du pou­voir,
- c’est aux repré­sen­tés d’écrire et d’améliorer (en per­ma­nence) les règles de leur propre repré­sen­ta­tion,
- et les repré­sen­tants doivent être soi­gneu­se­ment tenus à l’écart de l’écriture des ins­ti­tu­tions (au lieu d’en avoir scan­da­leu­se­ment le monopole…).

Alors, pour­quoi un nou­veau Mou­ve­ment Consti­tuant Popu­laire, MCP ?

Pour mon­trer l’unité fon­da­men­tale de tous ces col­lec­tifs : seuls les citoyens sont légi­times à se consti­tuer en peuple.
Pour don­ner du cou­rage à ceux dont le moral fai­blit.
Pour don­ner de l’ampleur géo­gra­phique — et plus d’harmonie — à nos actions.
Pour nous ins­pi­rer les uns les autres avec nos ini­tia­tives.
Pour mettre en pra­tique l’idée que l’union fait la force.
Pour inciter/conduire les (nom­breux) par­ti­sans de cette idée à deve­nir (tous) actifs.
Pour res­ter concen­trés sur l’essentiel, et reca­drer (fra­ter­nel­le­ment) ceux qui dérivent vers des sujets légis­la­tifs ou des objec­tifs poli­ti­ciens.
Pour défendre l’idée déri­vée cen­trale que c’est la pro­cé­dure du RIC consti­tuant qui semble devoir être LA moda­li­té simple et déci­sive qui peut être défen­due par des mil­lions d’électeurs pour s’émanciper de leurs maîtres « élus ».

Quand les jeunes gens qui ont eu l’idée de ce MCP m’ont deman­dé si je vou­lais bien les aider, il ne m’a pas fal­lu long­temps pour y recon­naître une belle plante qui vient des mil­liers de graines que je sème depuis 2005, et j’ai évi­dem­ment déci­dé de les aider autant que je le peux.

À condi­tion tou­te­fois que l’objectif reste un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire. Ce point, à mon sens, n’est pas négo­ciable, et le risque est grand de le perdre en route : si le mou­ve­ment se met­tait à défendre « un pro­ces­sus consti­tuant » (qu’il soit popu­laire ou pas), je m’en écar­te­rais aus­si­tôt car l’essentiel de l’essentiel, ce qui va tout chan­ger sur terre, la condi­tion sine qua non de la grande évo­lu­tion qui vient, c’est que ce soit les repré­sen­tés qui pensent et déter­minent les règles de leur repré­sen­ta­tion et sur­tout pas les représentants.

Si on accep­tait l’idée qu’une Assem­blée consti­tuante soit élue, on pour­rait dire qu’on recom­mence à perdre son temps et que le mou­ve­ment est per­du : en effet, la plu­part des for­ma­tions consti­tuantes du monde ont tou­jours été élues, et toutes leurs « consti­tu­tions » ont tou­jours été votées par réfé­ren­dum ; et pour­tant, cha­cun peut consta­ter que toutes ces assem­blées élues ont ins­ti­tué une redou­table impuis­sance popu­laire, mal­gré le réfé­ren­dum. Donc, ce n’est pas une Assem­blée consti­tuante élue, ni un réfé­ren­dum, qui pour­ra chan­ger les choses, pas du tout.

Ce qui compte, ce n’est pas qui vote la consti­tu­tion : ce qui compte, c’est qui écrit d’abord et qui contrôle ensuite la consti­tu­tion.

Ce qui doit chan­ger, ce sont les rédac­teurs de la consti­tu­tion, qui doivent être les citoyens eux-mêmes.

Par ailleurs, au moment de voter par réfé­ren­dum leur pro­po­si­tion de consti­tu­tion, l’ensemble des citoyens doit pou­voir voter (déci­der) article par article (ou groupe d’articles par groupe d’articles), et pas du tout voter toute la consti­tu­tion en bloc « à prendre ou à lais­ser ».

Ce qui doit chan­ger, c’est la pos­si­bi­li­té offerte en per­ma­nence aux simples citoyens de révi­ser leur consti­tu­tion, parce que c’est la leur.

Dans l’ambiance actuelle de tyran­nie qui vient, où les gou­ver­ne­ments du monde entier s’autonomisent, s’affranchissent de tout contrôle et s’en prennent bru­ta­le­ment à nos liber­tés fon­da­men­tales sous le pré­texte de notre sécu­ri­té (ce qu’ont tou­jours fait tous les tyrans et tous les chefs de gangs mafieux), j’espère que le MCP, ce mou­ve­ment démo­cra­tique d’inspiration confé­dé­rale — unir des groupes en res­pec­tant leur sou­ve­rai­ne­té et leur liber­té —, réus­si­ra à ren­for­cer et à sti­mu­ler les dif­fé­rents col­lec­tifs qui le composent.

Je ferai ce que je peux pour les aider.

Bon cou­rage à tous.

Étienne.
11 sep­tembre 2020.
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
http://chouard.org/blog/


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